(du 26 janvier au 1er février 2026)

Hier après-midi, j’ai laissé chats sauvages et plaid-forteresse afin de participer à mon premier traitement de fonds au centre des archives LGBTQI de Paris. Il pleuvait. J’étais plutôt de bonne humeur. Sur place, une cafetière à filtre crachotait  – c’est probablement le son le plus rassurant que je connaisse  – et les participant•e•s étaient réuni•e•s autour d’une table.

La personne en charge de l’atelier nous a partagé quelques-uns de ses savoirs. Nous avons ouvert quinze cartons appartenant à Natacha Taurisson, une enseignante et militante en faveur des droits des personnes trans, pour en découvrir et en apprécier le contenu, avant de nous réunir de nouveau et d’échanger sur nos trouvailles. Enfin, nous avons procédé au récolement – le fait de lister et de résumer le contenu de chaque carton, voire dossier.

J’ai trouvé cette après-midi infiniment agréable et intéressante, même si je suis sortie fatiguée de ces lectures et de ces découvertes parfois troublantes. De la même façon que la responsable de l’atelier nous a fortement déconseillé de prendre des photographies des archives, sauf documents déjà publiés, je garderai pour moi ce que j’ai vu sur place. En tout cas, NT, la donatrice, est impressionnante de rigueur et de pédagogie dans son classement.

Je suis ressortie de là avec une envie démultipliée d’archiver la vie.

Les journées de travail sont longues et froides mais je récolte quelques petites victoires : les enfants qui parlent entre eux à propos d’un texte et qui détestent que je les appelle ainsi, les rires en salle des professeurs, les copies enfin corrigées et le café qui a meilleur goût grâce à Léa qui m’offre un paquet vert doré de capsules…

J’oublie pourtant les clés de ma salle de classe à la maison et dois donc emprunter un passe nu qui me sauve la mise. J’utilise une expression que mon grand-père aimait bien pour faire rire la galerie : « Quand on n’a pas de tête, il faut des jambes ! »

Quatre personnes sont venues lire mon journal spontanément hier soir. La différence avec la communauté que j’avais il y a plusieurs années maintenant, c’est que je sais mieux à qui je parle et qui me lit vraiment aujourd’hui. Mais ce tri est coûteux et peut me rendre triste. J’en attends plus de l’écriture en ligne. J’en attends plus d’internet. Je ne veux plus d’abonnés fantômes ni d’esprits malveillants près de moi; je veux suivre et être suivie en retour. Alors, je veille au grain. Je m’efforce d’être claire dans mes intentions et dans le partage de mon journal. C’est long et parfois pénible. Aucun retour en arrière n’est possible cependant. C’est mon chemin.

Le texte prend forme mais je ne peux pas en parler. Je prends des initiatives qui me décevront peut-être plus tard mais enfin, elles sont là. J’essaie de bien vivre et de bien écrire.

Je me perds à la station Arts et métiers avec tous ses dédales et ses escaliers interminables. À la sortie, je presse le pas pour rejoindre Léa lorsque j’entends un morceau des Daft Punk au loin qui se rapproche, qui augmente à mesure que j’avance… C’est l’homme-clown avec ses ballons et son enceinte géante qui arrive puis tourne sur lui-même au milieu des voitures.

Ça vient comme une boule d’électricité du fond de mon ventre.

Je ressors mes crayons noirs et je peins mes yeux avec. Je reprends mon ancien pseudonyme, La nuit en vitrine. Je ramasse tous les masques qui jonchent le sol, souffle dessus et les revêts. Ils ont une odeur de miel et de soufre.

Quitte à être un clown triste, autant bien faire les choses et à fond. Ou plutôt : à ma façon. Je crois que je n’ai plus besoin de retirer ma peinture pour être proche de ma vérité. Je crois même que ma vérité est dans cette mare visqueuse noire qui change si souvent de forme… la bestiole filante de Chihiro qu’elle écrase pour trouver le sceau de la magie.

Je dois redevenir double pour retrouver mon unicité.

Les choses que je fais une fois par mois : commander de la litière pour chats, acheter du café et couper ma frange.

Les choses que je fais deux fois par jour : boire du café, me brosser les cheveux et nourrir les chats.

Les choses que je ne fais jamais : jouer à des jeux de société, m’endormir dans les transports en commun et fixer les gens.

Les choses que j’aimerais faire plus souvent : voir Léa et ma famille, faire la sieste avec les chats et lire autre chose que Les Misérables.

On se fait belles pour aller voir le grand-père de Léa. Le bois est froid et triste mais les oiseaux affluent. Léa a les joues fraîches et la bouche sucrée. Elle prend l’étang en photo. Des promeneurs nous dépassent, les mains dans le dos et le regard curieux.

À l’intérieur, nous mangeons des macarons en écoutant des chansons françaises, puis nous regardons un film horrible (Bugonia). Les deux garçons complotistes me rappellent cette jeune poétesse anti-vaccin dont j’ai arrêté de suivre le travail. Nous rentrons en Uber. Je trouve Léa charmante en toutes circonstances, et je n’utilise pas ce mot à la légère.

J’essuie une énième phase de mélancolie en pensant au fait de ne pas être inscrite dans une communauté active de soin, de partage et de joie. Mais je peux tout recommencer, même aujourd’hui. Je commence une série de publications « pour-trouver-ma-communauté » sur Instagram : deux fois par jour, je posterai dans l’intention de trouver mes gens, ma communauté. Des personnes avec lesquelles correspondre et avancer dans la vie.

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