(du 23 février au 15 mars 2026)
Je passe la première semaine des vacances à être malade. Le soleil pointe le bout de son nez et je suis condamnée à rester à l’appartement, une main sur le ventre et l’autre sur ma frustration. Ça dure deux, trois jours peut-être. Puis un jour, c’est l’éclaircie. Je me jette dehors et je vais au parc pour lire et stalker le cygne et les oies sauvages, au travail de Léa, en ville…
À la fin de la semaine, BoBun passe une échographie qui me coûte un rein et qui ne donne rien. Comme elle semblait souffrir au même endroit et en même temps que moi, je ne peux m’empêcher de penser à la fois où Sardine est tombée malade après ma rupture. Il paraît que les chats absorbent les émotions négatives et les maladies. Léa m’accompagne dans ces épreuves pénibles et j’ai hâte de lui faire vivre autre chose.
Je dois changer légèrement mon alimentation. Pour le reste, je peux enfin me laisser glisser vers le printemps et sentir ce qui évolue doucement dans mon corps, dans ma tête.
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Avec Laurie, nous participons à un atelier d’écriture poétique à Ménilmontant. C’est un atelier organisé par le collectif et scène ouverte Mange tes mots et c’est Galatée qui mène la danse avec ses formules magiques. L’exercice d’écriture s’appuie sur des extraits de l’ouvrage de Marie Huot qui s’intitule Mimosa, reliques et révolution.
Je ne trouve pas mon texte terrible mais j’aime prendre un café avec mon amie et écrire sur une petite table en bois un dimanche après-midi. J’écris sur une crise d’hypocondrie, une rechute malheureuse mais je crois que j’avais besoin d’écrire sur autre chose : plutôt le mimosa que mes reliques, donc.
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J’aménage notre terrasse au lieu de travailler. Et c’est la meilleure décision que j’ai prise de toutes mes vacances.
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C’est l’anniversaire de mon cousin Adrien, qui me rappelle qu’une partie de ma famille m’est inconnue ou, en tout cas, évolue ailleurs. Je repense avec plaisir aux vacances passées dans le Nord de la France. Je me sens un peu triste de sentir les effets de la vie rapide. Mais c’est l’année de tous les possibles, après tout.
Nous redescendons l’avenue le ventre chargé de rhum blanc, prêtes pour les frites et le sommeil. Je pars le lendemain pour le travail et, même si j’ai voulu cette expérience, qui durera trois jours, je n’ai pas envie de dire au revoir à Léa.
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J’accompagne une élève dans le cadre de sa mobilité Erasmus. Nous nous rendons en train vers Hilpoltstein, une petite ville jolie et froide située en Bavière, un froid sec que je ne connaissais pas. Le trajet dure près de sept heures.
Durant l’aller, J. entreprend de broder à partir d’un tutoriel sur YouTube tandis que je corrige quelques copies pour me donner bonne conscience. Le trajet passe assez vite. Nous mangeons nos sandwiches en regardant l’Allemagne apparaître derrière la vitre.
À l’arrivée, sa famille d’accueil nous attend sur le quai. Ils sont charmants et J. est confiante. Avant de rentrer chez eux, nous passons par un lac à la beauté irréelle, coupé en deux. La correspondante de J. raconte en riant qu’elle y a déjà été poursuivie par un cygne. Pour moi, son histoire ne fait qu’ajouter à l’impression mystérieuse et profonde du lieu. Je me demande si j’aurai un jour l’occasion d’y revenir.
Je laisse mon élève s’installer chez eux, aller au collège et suivre ses cours en allemand. J’assiste moi aussi à plusieurs cours et la liberté de leur pratique – liberté facilitée par l’environnement, me dira l’enseignante – m’impressionne et m’inspire. Les élèves ont la possibilité de réaliser leurs exercices à l’extérieur de la salle puis de revenir pour la correction. Je dois rédiger un billet de circulation lorsqu’une de mes élèves a ses règles et doit aller aux toilettes. La salle de classe donne sur un bois et le chant des oiseaux…
Je passe le lundi après-midi à me promener au soleil, à manger un énorme kebab face au lac qui borde l’hôtel puis à acheter des bonbons pour la maison. Je ne connais que quelques mots en allemand mais je parviens, non sans fierté, à échanger ces quelques mots avec les commerçants sur place. Puis l’amour, puis la mélancolie commence à glacer mon cerveau et j’ai hâte de rentrer, même si j’apprécie le voyage.
J. se sent bien là-bas et ma mission est accomplie.
C’est une émotion nouvelle et particulière que de compter ce moment comme un défi relevé sur mon introversion et la peur de l’inconnu.
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On pense qu’on se fait avoir. On ne se fait pas avoir. Tout est là depuis le début ; on ressent juste l’envie puissante d’aimer et d’être aimé. Alors on ferme les yeux, on serre son petit espoir d’amitié ou d’amour entre ses doigts en oubliant que nos doigts deviennent bleus et que notre visage se change progressivement en paillasson.
Elles avaient toutes le même rictus, ces personnes qui ne m’aimaient pas et me fréquentaient pourtant : la bouche fermée, tournée vers le bas, et des yeux ennuyés voire franchement agacés à partir du moment où j’ouvrais la bouche pour exprimer un point de vue, un sentiment… Nonchalantes dans chaque parcelle de leur vie quand tout me tenait à cœur.
J’arrête les frais. Je vais grandir d’un coup ! J’arrête les frais et ce n’est jamais facile de marcher vers soi-même, de renoncer à la compagnie, d’admettre que l’on s’est trompé et que la relation était déséquilibrée. Pourtant, l’air est déjà plus respirable.
Quelques mots sages, qui ne viennent pas de moi : « Entre amis, on prend soin les uns des autres. On est dans la compréhension, pas chacun ses affaires. »
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Un long appel téléphonique sur ma pause déjeuner. Je m’assois à la place d’un élève pour éviter de gêner ma collègue qui commence son cours dans la salle voisine. Je vois mon manuscrit flotter, plein d’espoir mais surtout de travail à abattre. C’est mon travail.
Le printemps verra son corps dégeler.