(du 20 au 26 juillet 2026)

Je commence à lire Famesick de la réalisatrice, scénariste et autrice Lena Dunham, un texte qui fait partie de ses mémoires, et la drôlerie et la vivacité de son style achèvent de me convaincre de ne pas renoncer au journal de cette semaine. Même si ce sont les vacances et que j’ai envie de paresser et de laisser mon cerveau végéter – je ne trouve pas d’équivalent satisfaisant en français à l’expression bed rotting – je me rappelle que l’écriture constitue un geste important d’hygiène mentale que je ne dois pas négliger.

Le livre s’ouvre sur une phrase que je ne peux pas oublier, une phrase informative pourtant : « This is a work of nonfiction. » Qui peut le supporter ? Pas grand monde.

En Suède, nous menons une vie douce et reposante, partageant des repas joyeux avec nos hôtes, une amie chère de Léa et son mari, faisant la sieste à l’ombre des feuilles frémissantes et explorant les environs… La nature est très différente de ce que je connais en France – des arbres interminables vert émeraude et de la mousse partout, des lacs calmes qui s’étendent à perte de vue et beaucoup d’oiseaux, même en ville. Je me sens véritablement ailleurs.

C’est parfois perturbant car je ne suis pas familière de ce pays. Je n’en parle pas la langue. J’apprends à en connaître les accents et l’humeur. J’interroge Léa, qui est déjà venue plusieurs fois en Suède. C’est aussi un cadeau qu’elle me fait, en m’emmenant ici : un témoignage de sa confiance et de son envie de partager ses expériences avec moi.

Elle parle anglais parfaitement, et moi je ressuscite péniblement mes souvenirs du manuel d’exercices Apple pie.

Il y a ce restaurant de type bistrot à Göteborg où nous nous arrêtons à deux. Nous choisissons des plats qui n’ont rien de suédois, par désir de régression. Un homme en chemise à carreaux fait ses mots croisés sur la table voisine. Il a commandé un crumble aux framboises et un café allongé. Quelle paix ! Les moineaux s’aventurent à l’intérieur du café et je donne un morceau de frite à l’un d’entre eux. Il tombe légèrement sur ma tête en voulant repartir, et je sens ses ailes minuscules voler dans mes cheveux, tout contre mon oreille. Une caresse.

Consigner toutes nos activités dans le journal ne serait pas pertinent, puisqu’extérieures et non intérieures ; c’est pour cela que les vlogs sont devenus un exercice quotidien divertissant qui complète bien le journal. Je les vois comme des petites fenêtres derrière lesquelles je ferais clignoter une lampe, le journal comme les blogs que je lisais adolescente sur l’ordinateur familial, et tout me renvoie à la nuit qui s’étale, à la nuit en vitrine. C’est un travail d’écriture intime, a work of nonfiction, donc.

Revenue à la maison, je décide de faire une pause d’une semaine avec ces vidéos, mais je garde le rendez-vous hebdomadaire du journal. Il me faut ce repère. Léa me dit que c’est important. La vie me répète que c’est important.

Je vais me remettre aux perles. Léa prend tant de plaisir à tricoter qu’elle m’a donné envie de commencer une activité manuelle. Je pense que les bracelets et les animaux en perles pourront m’aider à me détendre et à faire autre chose que raconter ma vie.

Additionner l’existence plutôt que la multiplier, par des créatures miniatures et des objets brillants. J’ai peut-être besoin d’un nouveau décor pour continuer mon chemin, qui sait. J’ai franchi une étape.

J’aimerais parfois arrêter de ressentir les vibrations et les sentiments des autres parce que je ne sais pas toujours quoi en faire. C’est faux : je veux garder ce super pouvoir mais en acquérir un autre, celui de toujours savoir comment réagir face à ces émotions. Je me sens souvent si gauche ! Une personne me dit qu’elle va bien et ses yeux me disent le contraire. Une autre change d’humeur en pleine conversation et je le ressens tout en mesurant mon impuissance. Ce que je fais alors : je répète plusieurs fois la même question, traque le moindre mouvement et me montre infiniment lourde et préoccupée. Ou bien j’observe en silence… Il faut croire qu’à force de vivre avec des chats, je me comporte comme eux.

J’aimerais aussi pouvoir uriner sur les affaires des gens, ainsi ils sauraient ce qui cloche chez moi : la poursuite irrépressible de la vérité.

Il faudrait probablement que je travaille sur ma mise en action face à ces énergies qui partent dans tous les sens. Passer à travers pour me rendre utile et pour être aussi présente que je le souhaite, comme face aux évènements de la vie. Réagir aux premiers signes ? Non, plutôt embrasser l’ensemble de la scène et activer la réciprocité des actions.

C’est le véritable sens de l’amour, celui qui nous engage et nous oblige.

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