(du 13 au 19 avril 2026)

Pendant deux nuits, je dors peu et me réveille épuisée – j’ai l’impression d’avoir bu ou de couver une migraine, comme le suggèrent les études consacrées au sommeil. L’avantage, ou l’illusion, c’est que l’énergie me manque trop pour nourrir ma colère, qui s’éloigne tranquillement. Si Sardine a tendance à me coller et à tomber malade lorsqu’elle me sent triste, peut-être que les mâles se battent et me réveillent au moment où mon énervement atteint des sommets.

Je retrouve l’envie de plaisanter et de regarder ma puissance en face : tout ce que je suis, et tout ce que les autres se permettent de me faire, avec une grande injustice. Mon horoscope manque un battement et me conseille de laisser sortir ma colère. C’est déjà chose faite, par ramifications étranges, mais sans doute existe-t-il des rituels plus directs et émancipateurs à inventer.

Mes élèves manipulent des objets mous ou dangereux pour se détendre – du slime à l’outil à pointe pour faire du crochet – et je commence à comprendre la suite. Écrire dans ce journal et y croire fait partie de mon attaque et de ma défense ; c’est tout un univers flottant qui se solidifie à mesure que je dépose mes entrées.

Malgré leur caractère clownesque, mes récentes stories ont cela de vrai que je déteste sentir le regard des autres peser sur moi, un geste qui manque de politesse à mon avis, mais que j’ai enfin conscience des vibrations mystérieuses que je peux dégager. Une façon alambiquée de dire que je suis bizarre, sans le sentiment de honte habituel cependant. Je laisse de plus en plus ces regards s’attarder, comme parcourir mon journal, parce que je sais que j’en vaux la peine.

Quand j’en ai assez, quand les autres empiètent sur mon espace vital ou me touchent sans s’excuser, je crie ou je les pousse. L’idée, c’est de devenir la folle du bus avant que la folle du bus ne me dévore.

Mon anniversaire approche et je me sens sereine à l’idée que les amies invitées soient toutes douces et aimantes. Je dois passer des examens médicaux et j’ai très peur, même si je n’ai pas vraiment de raison de l’être. Je fais en sorte d’effectuer les tâches de la vie courante, les unes après les autres.

Je suis censée sortir l’après-midi pour une course mais je n’y parviens pas. L’angoisse me prend à la gorge et me retient à la maison. Plus tard, Léa me rejoint pour aller au centre médical. Je ne connais pas de langage d’amour plus authentique que les actes de présence et d’empathie. En tout cas, les radios ne montrent rien d’anormal, et je peux respirer à nouveau.

Je me sens désœuvrée comme après une longue attente et beaucoup d’énervements divers.

Nous faisons nos valises devant l’émission de dating gay The Boyfriend. Avec le temps, l’exercice est de plus en plus facile et agréable, comme accrocher tout le linge sur l’étendoir sans faire n’importe quoi ou laver les choses au bon moment. J’ai hâte de déballer nos affaires dans l’appartement de location et de filer avec Léa dans le soleil de Nice… Les petites rues jaune ocre, la mer au bout et notre grand amour.

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