(du 27 avril au 3 mai 2026)

Si je vais de mieux en mieux, si j’avance dans ma vie, pourquoi ai-je encore cette fichue migraine au retour des vacances, un mal qui dure deux jours et ne me lâche pas ? Je peux parler des hormones, de la difficulté de la transition entre le repos et le travail, entre l’extraordinaire et l’ordinaire, et je ne parlerai de rien en fin de compte. La migraine a subi un décalage dans le temps : auparavant, elle me tombait dessus au début des vacances, comme ma grand-mère et ma mère après elle, avec l’arrivée des congés et l’impossibilité génétique à rester tranquille, pour se tenir ensuite au-dessus de mes vacances comme une chape de plomb, avant de finalement les… refermer. Je suis désormais malade à la fin des vacances. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que mon mal avance avec mon bien ? Qu’il va partir devant et que je vais devoir le laisser s’éloigner sans rien dire ? Que tout ce travail d’analyse finit par porter ses fruits ?!

Ce mois d’avril qui s’achève était intense. La saison du Taureau est arrivée pour soulager nos plaies les plus profondes. C’est le baume sur la blessure, la sucrerie, le miel. Il n’y a que ce signe qui puisse nous l’offrir, puisque sa gravité est proportionnelle à sa capacité de tendresse.

Plus tard, la saison des Gémeaux retirera doucement cette couche de crème apaisante pour y déposer du sel, nous faire pleurer et hurler de joie comme de tristesse, avant de jouer avec nos démons et éradiquer nos ennemis de la surface de la planète. J’écris ces mots en ayant hâte d’y être et de réaliser ce gommage annuel. En ayant un peu peur, aussi.

C’est la semaine d’anniversaire de Léa. Son souhait, c’est que nous allions manger de bons sushis et chanter dans un karaoké coréen. Je la sens mélancolique à l’approche de sa date mais heureuse de faire ce qu’elle avait envie de faire. Je ne vois qu’elle – Léa ma fleur de nacre devant nos rangées décadentes de poisson cru, la bière avalée et bientôt nos silhouettes filant dans la nuit parisienne. Très Taureau, très agréable évidemment.

Puis viennent les repas de famille, où Léa est gâtée et se montre charmante comme à son habitude, mais où son esprit est de nouveau ailleurs. Ce n’est pas une chose que je peux écrire ou expliquer ; c’est simplement écrit sur son visage. J’essaie d’être là où je dois être, une présence calme et chaude. C’est ce qu’elle ferait. Elle n’a pas toujours besoin que je sois la folle du bus, celle qui chatouillera son âme pour l’exorciser.

Ce que j’ai noté sur Instagram : « Si je peux leur laisser [aux autres qui ont quitté ma vie, aux autres qui menacent de le faire] l’illusion d’avoir raison, je ne peux en revanche plus leur laisser mon temps ni mon énergie. »

Mon temps. Il parait que j’en ai à profusion, puisque je suis enseignante. Ce n’est pas à ce temps-là que je pense. Je pense aux heures passées à imaginer, espérer, inventer de toutes pièces et laisser faire. J’attendais des marques d’amitié et je me ruais au premier message. Aux rendez-vous de dernière minute. J’attendais une réponse quelconque et je perdais mon temps. J’attendais de la reconnaissance au travail et je n’obtenais que des miettes d’encouragements. Je suivais la vie d’inconnus sur internet sans me poser de questions. J’ai changé de collège, écourté des conversations, bloqué des gens.

C’est devenu naturel : expérimenter, repérer et m’éloigner, souvent avec une observation à la Meredith Grey à la clé. J’ose croire que l’expérience m’apportera bientôt une once de discernement et que ces gens-là ne m’auront plus. Que je ne répéterai pas le schéma, pour reprendre des codes psy. Mais il faut bien vivre, et rester ouvert aux interactions humaines. Je suppose que je peux au moins prendre mes dispositions.

Les dispositions que j’imagine : d’abord, que toutes ces personnes aillent se faire voir. Le mois de mai va commencer et m’en débarrasser en se secouant, mais je peux accélérer ce processus sciemment. Ensuite, dormir dès que possible. Manger correctement. Boire suffisamment. Scroller moins et lire plus. Marcher et pleurer davantage. Écrire ce que je dois écrire.

J’ai rendez-vous chez le dentiste. Ma phobie. Plus de peur que de mal – ma dent cassée ne l’est que superficiellement et je peux m’en tirer avec un nouveau pansement. Ma dentiste me demande des nouvelles du travail et je lui parle des vacances scolaires qui continuent. Elle a cette phrase sur l’importance du temps libre qui me fait sourire, au regard de mes réflexions passées.

J’ai préparé mon sac de rentrée le dernier jeudi des vacances, si bien que mon dimanche me semble moins pesant. Parfait, c’est ce que je voulais. J’ai lu qu’il fallait retirer au dimanche sa charge de travail et faire quelque chose d’agréable le lundi matin, aussi, comme une récompense, histoire de contrarier son cerveau. Enfin, de contrarier son cours habituel.

Ce que je pourrais faire demain : ramasser mes affaires, aller chercher Léa au travail et repartir dans le sud pour boire des bubble tea devant la mer et prendre le soleil. J’envie parfois ces personnages de fiction qui abandonnent leur poste pour un an, qui partent se reposer.

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