(du 11 au 17 mai 2026)
Je pense beaucoup au week-end passé en Normandie, là où je n’étais jamais allée auparavant. Je sais bien que c’est une destination ordinaire pour les Parisiens, mais je ne suis pas devenue parisienne, même après une dizaine d’années à vivre et à travailler dans sa banlieue. Suis-je restée une Sudiste pour autant ? Avec cette identité multiple et comme déplacée, la maison est toujours un peu la réinvention constante, le chant des oiseaux le matin et l’écriture douce-amère le soir… Je suis devenue la maison. C’est ce que je ressens souvent et ce que Sheena Patel analysait avec intelligence et acidité dans Je suis fan, pour les enfants issus de l’immigration. Mais les questionnements géographiques, plus pragmatiques, refont surface et m’assaillent. Je sais pourtant que je prendrai la bonne décision, au bon moment, et j’ai confiance en Léa. C’est une histoire de kairos et d’amour.
Je repense à ces journées à la campagne parce qu’elles m’ont fait du bien par leur authenticité et non leur perfection. À notre retour, ne plus être en communauté de femmes me fait drôle. Léa et ses amies se ressemblent. Ce sont des échanges de soins, de conseils qui sont plutôt des soucis que l’on voudrait rendre utiles et de créativité. Bien sûr, c’est l’idée que je me fais d’une société idéale.
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Le jour de l’anniversaire de mon père, je me sens hors de moi-même, comme tous les ans et sans même le conscientiser vraiment. Le collège est assez vide, en raison d’un voyage scolaire. J’ai une longue conversation téléphonique concernant le manuscrit. Je sens ce que l’écriture charrie comme énergies étranges et souterraines, mais aussi ce que le journal me permet de faire. Il est le vaisseau à l’intérieur duquel une voix résonne : tout ce que tu ressens est légitime et tu fais de ton mieux.
Par ailleurs, je me dis de plus en plus que le mieux est l’ennemi du bien et que je dois surtout faire en sorte que les choses soient faites. Ainsi, les exercices de grammaire sont imprimés, l’entrée du journal est publiée, ma pensée est dite à voix haute avant de s’effondrer. Cela m’évite bien des migraines, soulage ma frustration et me fait gagner du temps.
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Un autre collègue me dérange par son intervention mais réalise son erreur et vient s’excuser auprès de moi le lendemain, sans que j’aie à dire quoi que ce soit. J’avais évidemment commencé à réfléchir activement à une manière de gérer cette situation et je suis soulagée de ne pas avoir à le faire. C’est agréable de pouvoir aussi compter sur les autres.
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L’Ascension. Quatre jours sans cours, en ce qui me concerne. C’est un autre long week-end de mai, cette fois-ci passé à dormir, à regarder des films d’Almodóvar et à observer les chats. J’ai l’impression d’avoir appuyé sur le bouton reset dans mon dos, sans vergogne, mais c’est tout simplement le mois de mai et sa douceur ravageuse qui m’enveloppe. Les passages chantés dans Talons aiguilles me touchent encore, et Marisa Paredes me fait toujours pleurer, avec son visage ouvert, ses expressions à fleur de peau. Mais j’avais oublié que le film était si noir, ses personnages si froids. Il faut dire que le film constituait pour moi une première représentation queer, et que cette découverte a sûrement influencé mon jugement. Douleur et gloire a gardé toute sa lumière et sa tendresse; je suis très heureuse de regarder ces films avec Léa.
Nous recevons Tatiana et sa nièce, avec qui nous mangeons des crêpes et jouons à des jeux vidéo. Deux activités que je me promets de faire davantage, car elles m’emplissent de joie. Il y a du temps à gagner à certains endroits pour pouvoir en perdre à d’autres. Pour mener à bien notre humanité.
La fin du week-end est mélancolique, et le ciel couvert n’arrange rien. Je m’en tiens aux préparations pour lundi, à la mise en ligne du journal et aux vêtements pliés dans l’armoire. Plus claire et simple est l’organisation du quotidien et plus la vie le sera, en tout cas c’est ma nouvelle lubie : soigner ma routine et mes objets. Toutes ces choses que le mal n’atteint pas.
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