(du 18 au 24 mai 2026)
Une année, mes camarades de classe et leurs parents n’ont pas jugé utile de prévenir qu’ils ne viendraient pas à mon anniversaire, et seule mon amie Chloé a répondu à l’invitation. Il pleuvait fort pour un jour de mai. On connait la nonchalance des autres, très forte et évidente quand ils ne nous correspondent pas. Je ne pense pas qu’il s’agissait d’un manque d’affection, plutôt de paresse et d’impolitesse, mais je n’ai pas de certitude à ce sujet.
Trente ans après, ce souvenir revient rôder dans la maison, hanter les parages, je ne sais pas trop pourquoi. Je suppose que la crainte d’être seule ce jour-là est encore présente, même si elle est absurde et impossible à contrôler. Je sais bien que la présence des autres à cette date ne fait pas tout, et j’aime partager toutes sortes de moments ordinaires avec mes amies… Mais ce frisson spécial passe sans s’annoncer.
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Puisque je marche de plus en plus et perds de moins en moins de poids, je suis à deux doigts d’ouvrir un nouveau compte Instagram qui me motiverait à remporter un défi sportif au quotidien. Quelque chose de spectaculaire qui romprait la fatalité. Mais je ne le ferai pas. Je dois juste appuyer sur les bonnes aspérités de mon désir.
Je vais y arriver.
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La saison des Gémeaux arrive en fanfare – je reçois un remboursement auquel je ne pensais plus, la chaleur revient et mon excentricité avec elle. Ce sont des heures où je fais exactement ce que je veux, au mépris des règles et des conventions sociales. C’est palpable. Ce que je fais toute l’année, à des degrés divers, culmine naturellement au mois de mai. Je suis proche de briser la membrane qui me sépare de ma voix la plus profonde ; c’est un sentiment qui ne me lâche pas.
Mes cheveux ont quasiment atteint la longueur que je désirais, et je commence à voir plus grand. Pourquoi pas jusqu’en bas du dos ? Avec une collègue, nous plaisantons sur le fait que les personnes asiatiques ont les cheveux qui blanchissent du jour au lendemain. Ce n’est pas encore mon cas, et je suis curieuse. J’imagine que j’aimerais les garder blancs, mais la vieillesse m’effraie assez. Alors, je n’en sais rien. Ce sera une surprise du temps. Je ressemblerai à ma grand-mère paternelle, avec ses longs cheveux argentés noués en chignon. Je dois me dépêcher d’être plus sage que ça !
Quand j’entends et vois jouer la comédie des autres, je comprends ce qui les dérange tant chez les Gémeaux – leur perspicacité tranquille – et je ne ressens plus de pincement à l’écoute de leur déni déguisé en analyse. Ils comprendront plus tard, m’enverront un message ou reviendront me lire l’air de rien, comme c’est systématiquement le cas.
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Avec Léa, nous regardons le film Anatomie d’une chute de Justine Triet. J’adore ces longs week-ends de mai, durant lesquels nous avons le temps de visionner des films de plus de deux heures et de vivre avec lenteur… Nous passons les jours comme deux chats. Léa tricote avec patience et passion. Je tape une partie du journal.
Nous revoyons également la série Pose, avec Indya Moore qui nous fait pleurer. De tous les fils narratifs, c’est son histoire que j’avais gardée en mémoire. Angel est insaisissable et touchante. Cela dit, mon personnage favori reste Blanca Evangelista, parce qu’elle se pose constamment des questions morales et finit toujours par trouver la solution la plus juste. Son comportement est héroïque mais son masque est excessivement lourd.
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C’est l’anniversaire de mon beau-père et de la grand-mère de Léa en même temps. Nous partageons un excellent repas, il fait très chaud dehors mais frais à l’intérieur. Le chat s’est allongé dans l’entrée et plisse les yeux de contentement. On dirait qu’on est déjà en été. Le mois de mai est si imprévisible. Je bois trop d’alcool, je veux dire pour une Eurasienne, et regrette ma tête lourde sous ces trente degrés. Il y a peut-être une réflexion à mener à ce sujet.
La grand-mère de Léa est Gémeaux ascendant Gémeaux ; elle aime et déteste tout avec une radicalité et une tendresse féroce. Je sais que je suis plus proche de cette énergie là que de n’importe quelle autre. Et, moi aussi, je voulais m’étendre après la chaleur, l’alcool et la vérité des relations humaines.
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