(du 25 au 31 mai 2026)
Je bois un verre d’Oasis tropical dans la cuisine, adossée à l’évier débordant de vaisselle. Dans l’appartement reposent les restes de la fête : verres sales, fleurs fraîches, rumeurs interrompues et cendre froide. Je laisse les choses en moi se recouper ; le verbe me convient finalement mieux que se rassembler, qui suppose une dispersion initiale. Je n’ai jamais eu l’impression que les évènements de ma vie se déroulaient par hasard, ni d’être réellement détachée face à eux.
Depuis hier soir à 22h22, j’ai 36 ans.
Mes amies ont répondu à l’invitation et nous avons mangé un fraisier qui m’a fait penser au printemps… Généreux, rouge Almodovar et sucré juste comme il faut. L’après-midi passe comme un rêve paisible. Le ciel est si tendu qu’il éclate le soir en feux d’artifices sur les toits voisins. L’air se rafraîchit, la tension retombe. J’arrose les plantes qui ont eu trop chaud sur le balcon. Les gens affluent vers le centre-ville pour célébrer la victoire du PSG.
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Le lundi de Pentecôte, Léa et moi allons profiter de la fraîcheur des arbres du Jardin du Palais-Royal avec des foccacia et des citronnades de chez Yi Fang. Cette pause est très agréable et s’achève en séance photos dans l’allée derrière la statue. Léa est très belle dans sa robe à fleurs. L’idée que je me fais du luxe est celle-ci : un repas partagé, une conversation lente, de l’ombre dans la suffocation générale et des photographies à choisir plus tard pour archiver la vie, incarner mes vérités et sourire encore.
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Il n’y a pas grand-chose à dire sur la semaine de cours qui a suivi ce jour férié, hormis qu’il faisait une chaleur épouvantable dans les salles de classe et que mon établissement n’a pas fermé ses portes. Comme la tempête de neige de janvier, la canicule n’est pas une raison suffisante pour protéger le personnel éducatif.
Je fais cours tant bien que mal, ne laisse pas la température permettre les écarts de conduite de certains élèves et finis par capituler la dernière heure, allumant le vidéoprojecteur. Je ne sais pas comment je tiens mais je sais que je mérite mieux, tout comme l’ensemble du collège. Ce que l’on appelle la dignité humaine est écorchée voire perdue au nom d’un règlement absurde.
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Porter le t-shirt « Être perçu∙e comme un être humain est du luxe » à l’extérieur me vaut plusieurs réactions différentes : une élève me dit qu’elle l’adore après avoir déclaré que les femmes portaient neuf mois dans leur ventre des garçons qui ensuite tapent la gourde de leur camarade pour faire gicler de l’eau, un homme maussade souffle « Pffft ! » en se tournant vers moi dans la rue et ma dentiste ne dit rien alors qu’elle est assez bavarde.
Je suppose qu’il faut appartenir à une certaine partie de la société pour le comprendre profondément. En tout cas, je me souviens à cette occasion que la révolte des plus petits exaspère toujours celles et ceux qui prennent toute la place habituellement…
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J’achète Le prix d’Erika Nomeni et un recueil de textes de Colette parce qu’il parle de Mireille Havet, dont le lyrisme et la radicalité m’obsèdent, puis continue tranquillement de lire Harry et moi de Niki de Saint Phalle. Une partie de ses mémoires. Pour mon anniversaire, Elsa m’offre le nouveau livre de Lena Dunham, Famesick. Je réalise de nouveau la richesse infinie de la lecture, son importance pour moi et le fait que je l’ai mise de côté à des moments où j’en aurais eu le plus besoin. Aurais-je donc oublié sa protection et son pouvoir d’expansion, à l’adolescence ?
Même s’il y a des exceptions, un témoignage lu sur internet me rappelle pourquoi quelque chose me gênait dans la glorification immédiate des librairies : ces dernières permettent rarement l’anonymat nécessaire à la découverte des livres ou la lecture accroupie et sont encore tenues pour la grande majorité par des féministes blanches difficilement fréquentables et (car) éthiquement discutables. C’est pourquoi je préfère de loin me rendre dans les grandes enseignes, même si leur offre m’intéresse moins, me semble moins riche. Mes batteries s’y déchargent moins vite.
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La pluie tombe enfin. Les sols et les plantes respirent. J’ai laissé la fenêtre ouverte et Tacos fait semblant de mâchouiller le filet de sécurité pour chats afin d’attirer mon attention. J’ai un tas de choses à faire en dehors du journal mais je ressens en même temps l’urgence de laisser courir ma voix, de la laisser se répandre partout sur internet comme je la lance aux élèves la semaine, pour que les plus nuisibles d’entre les nuisibles et les conformistes se taisent et me laissent leur fauteuil doré.
Pour avoir droit, moi aussi, à la parole.
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