(du 22 au 28 juin 2026)

Toute la semaine, la chaleur est insupportable et nous devons pourtant aller travailler. La santé physique et mentale des élèves et du personnel éducatif ne constituant pas une priorité en France, nous devons étudier et écrire sous 33 degrés par salle.

Le matin, je me lève tôt, pars faire réviser les troisièmes jusqu’à midi, puis rentre m’affaler sur le lit et m’endormir d’épuisement. Il n’y a qu’en soirée que je peux consacrer du temps à l’écriture, aux réseaux sociaux et à ma vie personnelle.

Je garde un œil en permanence sur Léa et nos chats. Ce qui arrive à notre pays monde planète est prévisible et atroce. Même si je sais que mes réponses sont l’éducation et l’écriture, j’ai envie d’autre chose. Je ne sais pas encore bien quoi.

Je pense aux pique-niques « poétiques » organisés il y a quelques années. Je lançais une date sur Instagram et on se retrouvait à quatre, six, huit personnes. On mangeait des tomates cerises en parlant de tout et de rien, pas mal de création littéraire ou artistique. C’était agréable mais ce n’est pas tout à fait cela, je crois, qu’il me faut aujourd’hui… Je finirai par trouver ce que je veux faire. C’est peut-être reprendre mes archives avec poigne, lire plus régulièrement à l’orée des vacances ou encore gifler un passant au hasard.

Une grande colère en début de semaine me fait prendre conscience de certaines réalités. L’une d’entre elles est que je suis la première à pouvoir et à devoir croire en moi, à me porter vers mes désirs.

Je commence à filmer des vlogs très courts afin de m’encourager à avancer sur mon manuscrit. Ces vidéos légères, qui demandent peu de préparation, me poussent effectivement à écrire davantage, mais me permettent aussi de me montrer. Je craignais de devoir exposer ma voix, plutôt grave, dans des vidéos. Parler à voix haute m’a toujours semblé plus vulnérabilisant que le geste d’écrire, même les choses dites intimes.

Désormais, je saisis quelques scènes ordinaires dans la journée et consacre une quinzaine de minutes le soir à placer ma voix dessus. Je regarde ce qui change. Je m’expose. J’apparais, d’une autre façon cette fois-ci.

Sans surprise, le sujet de brevet de français porte sur la guerre. Que dire ? Les corrections de jeudi prochain vont être ennuyeuses. Je joue le jeu, lis la dictée devant une vingtaine de candidats en essayant de prononcer les « ai » à la parisienne, étouffe un rire en pensant à Léa qui se moquerait de moi et essuie la sueur sur mes tempes.

La Pride est annulée en raison de la canicule. Ce report est salutaire au regard de la chaleur extrême mais je rejoins les personnes qui y voient une volonté politique, pour ne pas dire les conséquences d’échecs politiques successifs. Et je me souviens qu’il ne faut pas se reposer sur cette date mais avoir une vision plus large pour nos revendications.

J’ajoute un petit drapeau arc-en-ciel à côté de mon nom, hop, ce n’est presque rien mais ça compte. J’aimerais faire plus, beaucoup plus. Il manque une zone de soin et de repos dans nos milieux. Il manque ce qui abreuve et nourrit une communauté : tout un projet de société cohérent, et les actions qui vont avec.

Je reprends la lecture de Pousser les murs, que j’avais laissée de côté par manque de temps. L’exigence et la clarté de Joan Nestle la rendent vraiment plaisante à lire. Elle n’est pas du côté des autrices lesbiennes volontairement opaques. Son écriture est généreuse, riche et profonde.

Elle me donne envie de voir mes amies et de protéger mes archives comme une forteresse ; c’est assez terrible. Elle me donne envie d’être moins sauvage, et de l’être dix fois plus ! Towanda !

Ce journal fait plus d’une soixantaine de pages désormais, à raison d’un journal par quinzaine qui est devenu un journal hebdomadaire. Cette semaine a été douloureuse et frustrante mais aussi inspirante, parce que je suis habituée à réagir à la contrainte et aux impasses, à créer démesurément pour compenser l’angoisse du néant.

J’ai été biberonnée au lyrisme des journaux de Mireille Havet, que je feuilletais complètement fascinée à la librairie Masséna à Nice, lorsque je n’avais pas encore l’argent nécessaire pour l’acheter, à l’espoir créateur d’Hannah Arendt durant mes cours de philosophie et au monde poético-mélancolique d’Haruki Murakami, qui a changé toute ma vision de la littérature.

Je ne pourrai jamais devenir nihiliste, ni revenir à une forme de cynisme idiot que j’avais adolescente. Le plaisir est trop précieux, la joie de vivre trop grande.

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