(du 31 août au 6 septembre 2026)

La semaine de rentrée lave mes craintes et les restes de maladie. Je me sens pleine d’optimisme et d’énergie retrouvée. Bien sûr, la journée de pré-rentrée est interminable, mais l’atmosphère au collège est respirable et je me tiens éloignée de ce qui pourrait m’épuiser. Le fond de l’air est frais car la rentrée est comme le festival de Cannes, éternellement grise, forcément pluvieuse.

Au cours de la matinée, mon ancienne professeure de philosophie – mais je devrais dire enseignante, pour celle qui montre, puisque c’est elle qui m’avait fait réaliser cette distinction il y a dix-huit ans – m’envoie un vocal qui finit de recouvrir tout à fait mes doutes de la semaine passée. À moins qu’il ne s’agisse des mois passés… Je suis juste fatiguée de pointer l’inconstance des autres, et devine de nouveaux horizons plus excitants avec l’arrivée de l’automne.

Nous nous rendons au plus vieux ciné-club de France pour aller voir le premier film de David Lynch, Eraserhead. Évidemment, le film est perturbant et me laisse encore une fois plongée entre la terreur et la compassion. Quelque chose de l’ordre du saisissement. J’ai déjà écrit sur les effets de cette séance de cinéma sur Instagram :

L’autre jour, j’ai immortalisé sans le savoir l’attente d’une magnifique séance de psychanalyse lacanienne où nous sommes parties du film Eraserhead de David Lynch pour évoquer la peur glaçante de ne pas être aimée et désirée, l’angoisse du professeur de ne pas être à la hauteur, pour aller ensuite vers mon exclusion sociale, très forte et subie cette année, et enfin arriver sur cette conclusion de ma psy : « Il y a quelque chose de l’ordre de votre présence qui ne peut pas être effacé. »

Après un été creusé par les profondeurs de mes relations et ma patience, et particulièrement après avoir visionné l’intégralité de la série Tip toe et sa fin effroyable – la mise à mort d’un homme gay, Allan Cumming, par ce que l’on peut désigner actuellement comme le masculinisme – je suis heureuse de ressentir de la force, de la joie et de l’amour en cette rentrée, ces choses qui ont toujours été là et que les plus violents d’entre nous veulent anéantir.

Il y a une charge de soin, une réflexion musclée qui n’est pas engagée et qui est laissée aux plus vulnérables. Tant que j’en aurai le courage, je poursuivrai mon travail d’enseignement auprès de la nouvelle génération, mais il faut bien se rendre compte qu’il y a un déséquilibre persistant et qu’en isolant celles et ceux et parfois même vos proches qui sont aussi des minorités, vous participez à la destruction de la société dite humaine.

L’entre-soi comme simulacre de communauté ne résistera pas au feu ravageur des nécessités quotidiennes ; les exemples vont en se multipliant.

Je reçois un message d’une amie qui me dit, en substance : « tu avais raison et je pense à toi lorsque la vie me le confirme avec brutalité. » J’essaie de ne pas (plus) laisser du terrain à la colère qui me ronge le corps lorsque je pense à toutes les opportunités volées par le même entre-soi privilégié, et les espoirs déçus par ces comportements odieux. Il faut cultiver nos propres ressources, projets et rassemblements, puisque chacun frotte sa propre gloire comme on se branle dans l’espace public.

Claude-Emmanuelle vient dîner à la maison ; les chats s’agglutinent autour d’elle, plaquent leur tête sous ses ongles à tour de rôle et les discussions défilent à la faveur de la nuit. Je suis contente parce que j’ai mieux réussi la salade vietnamienne aux crevettes et à la mangue que les deux dernières fois. La sauce de poisson est bien ajustée, les portions sont généreuses. Je sais que Léa partage ma joie de bien manger et d’accueillir notre bimbo préférée.

Au détour d’une conversation, elle apprend que mon père n’est plus là et je ne sais pas pourquoi, probablement le fait que ce soit elle, ou bien l’expression sur son visage, comme si sa mort venait tout juste d’arriver, je pleure pour la première fois en six ans en l’évoquant.

Léa et Claude-Emmanuelle viennent m’entourer et je suis trop triste pour réaliser la chance que j’ai à ce moment-là – les garçons rêveurs comme moi comprendront.

Le lendemain, nous passons une journée si douce en amoureuses qu’elle achève de remettre mon cœur à l’endroit : Léa et moi faisant du sport d’abord, puis nous rejoignant pour déjeuner, profitant de la présence de l’autre et partant goûter dans un esprit automnal… J’apprécie davantage le thé qu’auparavant, surtout les plus gourmands, à base d’amande. Leur odeur précède la chaleur qui tapisse mon ventre…

À travers les baies vitrées, on voit passer les étudiants avec leurs tote-bags et leurs pensées. J’aime l’automne parce qu’elle est propice aux réunions amicales et à la réflexion. J’aime l’automne, tout simplement.

Mes classes semblent correctes. Je m’occupe des troisièmes cette année mais j’aurai également des quatrièmes. L’âge où tout nous remue, où tout change. Je vais bloquer mes dimanches après-midi pour la préparation des cours – je sais que je voulais le libérer totalement pour mes occupations, autrement dit rêvasser et écrire, mais force est de constater que je préfère ne rien faire ou faire beaucoup avec Léa la veille, et trouver d’autres moments en solitaire pour la contemplation et le crachat durant la semaine. Le dimanche, donc, me servira à me poser et à faire le point. À être prête pour la suite des évènements.

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