(du 21 au 27 septembre 2026)
L’automne est arrivé sans crier gare. Il a charrié ses vents froids et laissé ses feuilles rousses derrière lui, pour le moment. Je ne suis pas encore tombée malade mais cela ne saurait tarder, comme je ne sais pas faire autrement que coller Léa souffrante – clin d’œil à la série Dix pour cent pour l’ère des malades romantiques – et éviter en vain les élèves qui viennent à mon bureau pour me montrer à quel point ils toussent fort.
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Une espèce de mauvaise humeur flottante me suit du lundi au mercredi, probablement à cause d’une commission éducative que je trouve surjouée et peu fructueuse, comme toutes les instances de ce type, peut-être aussi parce qu’il s’agit d’un élève Gémeaux dont je ressens les limites et les possibilités de communication. Peut-être encore à cause d’une élève qui part subitement à l’hôpital. Toujours est-il que je m’arme de patience pour les accompagner et affronter la suite. En même temps, je mets également ces réactions sur le compte de mes hormones, puisque ce ne sont pas là des choses inédites…
Je demande aux élèves de m’aider à faire une carte pour la petite qui est malade. Ils écrivent des mots qui ressemblent à des lignes de punition. Je découpe les messages et les colle sur une feuille orange pour que ce soit moins glauque. Cette année, plutôt trop sucré que pas assez. Je ne veux pas attendre que les puissants distribuent les bons points, alors je vais laisser le Cheval de Feu continuer à déferler sur mes décisions.
Mon mercredi est assez horrible ; je le passe à ruminer au sujet de bêtises de début d’année que je pensais résolues. Ma psy me fait comprendre que ces petites agressions me renvoient à un autre moment significatif de mon passé, mais je ne parviens pas à mettre la main dessus. Je lui raconte une anecdote qui ressemble au geste vécu mais qui ne contient pas la même intention. Elle concerne une ancienne camarade de classe, Laetitia – un prénom qui signifie « joie », un visage poupon qui évoluait au milieu des chevaux de son passe-temps favori. Je ne sais pas. Je me sens frustrée de ne pas parvenir à refermer cette boucle de colère.
Il reste des gens voire des proches pour me dire de me calmer, de voir les choses du bon côté, mais je n’ai pas été amenée sur terre pour cela. Je ne dis pas que je souhaite être malheureuse. Au contraire, mon bonheur passe par le fait de pouvoir ressentir la joie et la tristesse de manière égale, de ne rien masquer ni garder à l’intérieur. Il faut pouvoir gratter, que la plaie saigne et que l’on s’ouvre enfin ! Sinon, à quoi bon ? Les mensonges du monde sont déjà bien assez nombreux.
Je trouverai l’élément manquant. En attendant, j’essaie de faire fleurir et pleuvoir tout ce qui peut sortir de terre. « Une bonne terre / Où tout pousse tout seul », comme dirait Catherine Ringer.
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L’algorithme fait bien son travail et je tombe sur des comptes de personnes asiatiques ou eurasiennes, queer et épanouies qui réalisent un certain nombre de rituels, de vidéos de type journal intime ou de carrousels qui me réconfortent. Scroller n’est plus une activité vide de sens mais une manière de voir des personnes qui me ressemblent.
Nous sommes faits pour entrer en familiarité avec le monde. Quand cette possibilité de communauté nous est retirée, nous ressentons ce manque comme une béance amère.
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Mon amie Elsa et moi nous retrouvons au Jardin du Palais Royal pour un goûter de chez Aki boulangerie… Je choisis un beignet mochi chocolat et un café au lait d’avoine. Maintenant, vous savez. Il fait bon, cet après-midi-là, alors nous pouvons nous asseoir par terre et discuter pendant plusieurs heures. Les passants défilent avec leurs chiens plus ou moins gros. Toujours pas de feuilles rousses, à peine jaunies par endroits. L’automne me fait toujours invariablement penser au film La Belle personne, avec ses défauts et ses images rêveuses. Les mains rentrées dans de longs manteaux et le nez qui coule dans quelque café parisien. La bande-son mélancolique et une relation bien problématique au milieu, à la française.
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Avec l’automne, c’est aussi la saison des mariages qui commence. J’assiste pour la première fois à un renouvellement de vœux. La cérémonie est soignée et belle. Mais vers la fin de la journée, la fatigue de la semaine me tombe dessus et j’accuse le coup. La semaine prochaine, ce sera au tour de ma famille dans le Sud. Il me tarde de retrouver mes proches et de revoir la Côte d’Azur. J’aurai repris des forces.
Les forces, ce sont les nuits paisibles, les présences amies, les repas partagés, les lumières de la saison, les chats endormis et les instants volés à la frénésie du monde qui me les donneront.
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