(du 14 au 20 septembre 2026)

C’est une semaine qui me semble plus fatigante encore que la précédente. J’imagine que les changements incessants de température, le stress de la rentrée qui retombe et la préparation de (nouveaux) cours pèsent sur mes épaules. De fait, je n’ai pas beaucoup pratiqué la musculation, à peine deux fois cette semaine. Je fais le lien en l’écrivant.

Ma peau est marquée malgré mes soins. Le froid arrive. J’arrive au collège le visage constellé d’étoiles bleues qui masquent mes boutons, à défaut de pouvoir passer la journée à parfaire ma skincare. Je pense régulièrement au fait que la honte qui nous poussait à appliquer du fond de teint sur nos imperfections à l’adolescence a été remplacée par un patch qui souligne leur présence. De manière générale, j’aimerais que les plus jeunes aient moins affaire à la honte que nous – un sens de l’humiliation inutile, qui n’est pas celui de l’honneur mais des normes que l’on suit bêtement.

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À la veille de l’automne, je ressens beaucoup d’espoir dans mon cœur. J’ai toujours un peu peur de figer de bonnes impressions à l’écrit mais c’est ainsi. La vie a décidé de suspendre mes angoisses et de me donner des fleurs. Je dois m’en saisir, sans faire de comparaison stupide avec tous ces boutons sur mon visage.

Mon sentiment d’exclusion s’essouffle pour laisser place à une conscience plus profonde de mes chances. Je constate sans surprise que les personnes ayant choisi de me mépriser, de ne pas m’entendre ou plutôt de continuer à soutenir les plus privilégiés d’entre nous, rencontrent des difficultés et s’enlaidissent. Le jour où j’ai quitté un établissement dangereux rempli de harceleurs, il y a eu d’autres départs, un incendie, un décès et un article à charge dans la presse locale. Alors, les messages ont commencé à arriver sur mon téléphone : tu avais raison et je suis désolée. C’est peut-être effrayant – c’est Pluton en Scorpion, mon rapport avec les fantômes, mais aussi le Cheval de Métal qui me gouverne, pour lequel un homme mystique à Cannes m’avait touché le bras pour absorber ma chance – mais la manière d’éviter ce genre de conséquences est très simple : être correct avec les autres et ne pas agir sous le coup de mauvaises intentions.

Lors d’un premier bubble tea avec Lucie, nous parlons du sentiment d’appartenance à une communauté précise, et je réalise que ma blessure face à la dureté et à l’opacité de la communauté vietnamienne – des réflexes traumatiques qui ne sauraient expliquer la rudesse ni la violence du gaslighting – est moins fraîche qu’auparavant. Il y a plusieurs mois, cette question me préoccupait davantage. J’imagine qu’enseigner à des élèves eurasiens comme moi, rencontrer voire fréquenter de nouvelles personnes et faire en sorte de me mettre en mouvement m’aident à guérir en étant tendue dans le projet, comme un arc. Ce n’est probablement pas pour rien qu’Anne-Lucie la tarologue – je note au passage une profusion de Lucie sur mon chemin cette année, au moins quatre, plus Luce bien sûr dont la présence me manque ; c’est un prénom qui respecte son étymologie à la lettre, et l’adolescente profondément gothique en moi doit en avoir besoin – ce n’est pas pour rien, donc, qu’en me lisant mon thème astral, Anne-Lucie ait associé le signe du Sagittaire au professeur, à celui qui rassemble autour de lui et montre la voie. C’est celui qui allume un feu, comme dirait l’autre. Ne faites pas de lien trop pragmatique avec le paragraphe précédent, cependant ; ce collège n’avait pas besoin de moi pour s’embraser.

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Parlant de feu follet, ou plutôt d’eau puissante pour éteindre toute cette merde, nous sommes allées écouter Claude-Emmanuelle lors d’une conversation avec Janis et l’artiste Danylo. Claude arrive avec un bomber Schott noir et l’air inquiet de quelqu’un qui se demande si on va passer un bon moment. Évidemment, sa parole est inspirante et aide à structurer celle des autres. Nous sommes dans la pénombre, dans un espace de la fondation Fiminco qui s’appelle pourtant White cube. Un espace queer, donc forcément peu éclairé, comme nos intérieurs ?

Il y est question de la forme du livre, physique et virtuelle, comme de nos manières de modifier notre environnement. Je pense immédiatement à l’éducation mais il y a des choses plus quotidiennes encore, comme l’aménagement de nos territoires personnels et le soin que l’on s’accorde, au-delà des tendances.

La nuit est déjà bien installée lorsque nous allons partager un repas sur Paris – les nouilles chinoises sont réconfortantes, en particulier à l’approche des saisons froides, et passer du temps ensemble nous réchauffe de toute façon.

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Ma psy est persuadée que mes crises allergiques ne sont pas entièrement liées aux gélules mais aux échanges pénibles que j’ai dû avoir la semaine dernière. Je pouvais en avoir l’intuition mais l’idée que les autres puissent exercer une influence sur ma santé physique ou mentale est ma plus grande peur. Je ne sais pas si l’exercice règlera tout.

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La mort de Catherine Ringer me peine beaucoup. Je l’apprends une demi-heure avant de faire cours, alors je peux juste couler mon chagrin dans l’attention aux élèves.

Sa liberté, son irrévérence naturelle et sa profonde bonté forment une grande source d’inspiration. Je ne la connaissais pas personnellement; mais je l’ai vue en concert à deux occasions différentes, dans une petite salle de Seine-et-Marne puis dans un théâtre parisien plus bourgeois. J’écoutais ses chansons depuis le lycée. Je ne la connaissais pas mais elle me donnait l’impression de quelqu’un qui avait un courage et une audace rares.

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Les réalités que l’on ne me retirera jamais, qui resteront inscrites dans ma mémoire puis dans mes archives, flottantes ou terrestres : la beauté de Léa, la vie douce à deux, la sensation d’un chat logé contre ma tête ou mon ventre quand je suis malade, les textes partagés, les rires qui secouent le corps tout entier, le thé aux amandes, les plantes qui jaillissent enfin et l’odeur de l’automne à Paris.

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