(du 12 au 18 octobre 2026)
À la télévision, ce dimanche matin. Le type a la voix tremblante et dit au micro : « Bon, ben moi je suis Belge mais j’ai un commerce en France et ça me brise le cœur. Je suis cool moi hein, j’ai fait un tour en ville parce que j’avais besoin de quelques courses pour lundi : nous partons en croisière avec ma femme. Mais là ce qui se passe, c’est pas possible ! » Je me demande si c’est un sketch ou s’il réalise tout ce qui ne va pas dans son énoncé, à la manière des élèves qui m’assurent qu’ils n’ont pas bavardé, juste ouvert la bouche et laissé sortir des mots au hasard.
J’ai vérifié que les plus téméraires d’entre nous étaient rentrées à temps, juste avant les coups et les risques trop grands – le fait qu’elles s’exposent avant les hommes qui se précipitent sur les sièges du RER à l’ouverture des portes ou les white fem qui servent le pouvoir en place m’insupporte, mais je ne suis pas étonnée. Elles font partie des minorités et sont anarchistes, queer et souvent mineures. Je leur envoie mon soutien autant que possible.
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La semaine a commencé avec une réunion de crise pour une classe difficile. Trop de bavardages et de non-respect des consignes qui entraîne des comportements dangereux, en sport notamment. Les enseignants sont fatigués, les parents sont inquiets et braqués. Les élèves nous regardent depuis les gradins où ils doivent attendre.
Une mère m’interpelle assez rudement et je lui réponds en souriant, un réflexe qui passe ou qui casse mais qui me fait toujours gagner du temps sur le conflit public puis intérieur qui commencera ensuite. Nous avons une conversation à la fin de la réunion qui semble l’apaiser. Ma réputation et mon système nerveux attendront ; il faut toujours trouver la réponse qui désamorcera la méfiance en face, afin d’atteindre le cœur du problème. C’est ce que j’appelle éducation. C’est ainsi que fonctionne véritablement notre système éducatif. Avec les enfants et leurs parents, avec tout ce que cela suppose de heurts, de traumatismes enfouis et flottants, d’attentes et de joies.
Tout cela, évidemment, est parfaitement inconnu des membres de notre merveilleuse communauté littéraire qui viennent parfois en classe pour donner des ateliers d’écriture payés trois fois plus que nos cours et s’émeuvent faussement de nos conditions d’exercice, comme des personnes haut placées ou des gens dits de gauche qui ne m’ont même pas demandé comment j’allais durant ces dernières semaines de terreur.
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Les chats dorment d’un sommeil profond et réparateur. Ils se lavent dans le soleil roux. L’automne leur va bien. Il y a même moins de grosses bagarres à la maison. Je sens la tête endormie de Sardine contre mon pied au moment de l’écrire ; ça ronfle comme un petit moteur dans les plis du plaid vache.
Mon nouveau pilea – une plante chinoise aux feuilles rondes vouée à appeler la fortune – est magnifique, ses feuilles se dressent fièrement vers la lumière et de jeunes pousses font leur apparition. L’ancien tient le coup, comme mon figuier d’anniversaire. J’ignore si je parviendrai à garder ce petit monde vivant cet hiver, mais je ferai de mon mieux. Il leur faut une lumière indirecte, un peu d’eau, de l’espace et une bonne protection contre le froid.
La semaine s’éternise. Les élèves sont fébriles à l’approche des vacances. Je fais en sorte que les choses se passent bien, mais je suis fatiguée aussi. Je mobilise mes dernières forces.
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J’ai hâte que le vieux monde s’écroule et emporte avec lui toutes les personnes qui ont voulu me blesser, me silencier et boire tout mon jus cette année. Ce n’est qu’une question de temps avant que tout le monde comprenne que vous êtes des fraudes.
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Tout mon entourage est reconfiguré. Je me languis de pouvoir bientôt être plus proche des miens dans le sud. Je me réjouis d’avoir rencontré des personnes émotionnellement intelligentes et disponibles à Paris. Ces nouvelles conversations et retrouvailles me donnent de l’espoir. Je ne perds plus de temps en courtoisie et en pudeur ; l’essentiel est d’être là les uns pour les autres.
Qui reconnaît mon existence ? Qui veille sur mes besoins essentiels et sur mes droits ? Qui protège mon nom en mon absence et en ma présence ? Qui s’éloigne des personnes qui me blessent ? Qui sait parler et agir face à la violence du monde ?
Chaque jour, traverser et porter son humanité au milieu d’un entrelacs de ravissements lumineux et de déceptions amères.
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