(du 8 au 14 juin 2026)

Je retiens mes larmes chez la psy et parle peu ; j’ai encore beaucoup de peine pour la perte de mon ancienne professeure d’espagnol. Et puis, les jours passent. La vie reprend son cours et j’apprends à accueillir toutes mes émotions. Il me semble qu’une grande partie de ma vie est consacrée à ce mouvement-là, à cette acceptation de la tristesse comme faisant partie de mon tempérament, à moins que ce ne soit le geste de laisser passer le char écrasant de la mélancolie. Quelle(s) histoire(s) ! Au fond, j’ignore si je pleure pour le deuil d’une personne que je ne connaissais, après tout, pas personnellement, ou pour la jeune adulte queer que j’étais alors, immensément seule et sans modèle à suivre.

Au deuxième rendez-vous de la semaine, je raconte un rêve qui ne me renseigne pas assez à mon goût. Il y est vaguement question d’attentes maternelles et de colère en cas d’échec. Je veux me débarrasser de mes problèmes de retard et d’anxiété, le plus rapidement possible, mais l’analyse prend du temps. Je me sens pourtant mieux qu’il y a quelques semaines.

De passage chez ma mère, j’avais demandé des nouvelles d’une amie de ma grand-mère. Cette dernière a téléphoné une semaine plus tard pour lui annoncer une mauvaise nouvelle.

Jeudi, j’ai repensé à une ancienne collègue de travail qui m’avait appris beaucoup de choses sur l’enseignement. Alors que je me dirigeais vers ma salle le lendemain, prise par une réunion exceptionnelle, je l’ai croisée dans le hall de mon nouvel établissement.

Sur Instagram, les stories défilent et celles d’Ilaria retiennent mon attention. Je me dis que je n’ai pas eu de ses nouvelles depuis un moment. Le lendemain, Léa et moi la croisons dans un arrondissement de Paris dans lequel nous n’allons pourtant jamais…

La saison des Gémeaux s’achève donc avec une grande magie, une triple manifestation, et je ne sais pas quoi faire de cette information. Je demande à Léa de me tirer les cartes. Celle qui doit m’indiquer la marche à suivre pour la semaine à venir est blanche : c’est la seule carte de L’oracle de Tulipe qui enjoint son lecteur à dessiner ce qui lui chante.

J’ai lu le deuxième roman d’Erika Nomeni, Le prix, comme le premier, à toute allure et avec avidité. Il est intéressant et plus sensuel, il me semble, que L’amour de nous-mêmes. Quelque chose a bougé. J’y retrouve le même sentiment d’exclusion insupportable cependant et la même acuité sur la société, celle qui la porte à passer d’une pensée à une autre, posément, embrassant tout, son expérience individuelle comme celle d’un projet collectif raté.

La communauté artistico-littéraire blanche parisienne me fatigue aussi, pour d’autres raisons. Parce que je me suis éloignée, à raison, de certains conflits et personnes agressives, je sens une mise à l’écart à peine voilée de la part des autres. Tout le monde est là pour arracher sa part de notoriété mais personne ne cherche réellement à créer du lien, à former une communauté soutenante. La tendresse y est ridiculisée ou performée, mais elle est naturelle et exigeante, comme l’amour.

Il y a une discussion sur l’engagement dans nos vies et nos relations qui n’a pas lieu. Parmi nous, qui l’initiera ?

À côté de ça, la vie avec Léa est douce, évidente et sexy… Nos connivences comme nos maladresses nous rapprochent. Nous sortons manger vietnamien, retournons dans des librairies queer comme Les mots à la bouche ou Violette and co et profitons du soleil.

J’aime découvrir l’exposition de Nan Goldin avec elle, et pourtant cette dernière est un échec cuisant. Certes, les archives de toutes ces vies marginales, parfois queer et souvent suffocantes allaient de pair avec ces installations en chapiteaux, entre salles de cinéma glauques, chapelles de Las Vegas et couloirs de sex shop. Mais l’espace n’est pas correctement utilisé et les hétéros ne savent décidément pas se tenir, entrant et sortant pendant chaque diaporama, s’allongeant devant les autres et presque se tenant le sexe, discutant devant l’entrée et commentant les images sans finesse. Leur sortie culturelle de la semaine consiste à scruter nos vies minoritaires dans un musée coûteux… Et dire que l’artiste demande à l’entrée de ne partager aucun cliché sur les réseaux sociaux, par respect pour les personnes représentées sur ses photographies ! La manière de consommer ces images elle-même est sale, les visiteurs sont irrespectueux et je repense évidemment avec force aux archives vietnamiennes découpées pour un spectacle puis exposées sans autorisation, pour lesquelles je m’étais élevée, et à quel point on m’a prise pour une hystérique à ce moment-là. Mais personne ne me fera changer d’avis là-dessus, et nos archives méritent tout le respect possible. Je croyais que le musée protégeait davantage qu’une scène de spectacle, et je réalise que le problème est plus profond que cela.

Tout est, comme bien souvent, une question d’éducation… et de (désir de) vivre ensemble ?

Devant les toilettes puis dans le RER A, ils nous regardent avec curiosité et un manque de politesse flagrant, si bien que je suis obligée de répéter ma nouvelle phrase favorite, empruntée à la dame pailletée de la ligne 14 : « C’EST DIX EUROS LE REGARD !!! »

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