(du 27 juillet au 2 août 2026)
Au retour de la Suède, il fait très chaud en France et le contraste est saisissant. Nous dormons longtemps, vivons stores baissés et mangeons frais – c’est la vie facile de deux vacancières… J’aimerais faire plus d’efforts et cuisiner plus souvent vietnamien. Je prépare bien une salade de crevettes le mercredi soir mais crève d’angoisse ensuite à l’idée d’avoir utilisé les mauvais ingrédients…
C’est une peur paralysante et obsessionnelle qui me rappelle mon hypocondrie passée ou tapie dans l’ombre – l’hydre de ma vie, que je dois garder couchée – et qui finit par disparaître lorsque je constate que nous n’avons rien de mal après le repas. Les deux jours qui suivent, une de mes dents se montre sensible, sans que j’y voie un lien de cause à effet immédiat. Je préfère penser que je ne fais plus de bruxisme, mais je ne suis pas si sûre de moi. Et si mon corps avait gardé de mauvaises habitudes ?
•
Mon mois d’août sera principalement consacré au manuscrit et à la sieste.
•
Terminer la série Girls me désole. C’est pourtant la troisième fois que je la regarde entièrement. Je trouve qu’elle a terriblement bien vieilli. Les dialogues sont toujours aussi drôles et intelligents. Je me retrouve évidemment pas mal dans la figure de l’héroïne, une aspirante écrivaine qui ne s’intègre jamais vraiment nulle part, et je suis profondément touchée par les deux épisodes sur ses troubles obsessionnels compulsifs. Ce n’était pas le cas lors de mon premier visionnage, mais c’était avant l’année 2023 et ses bombes à retardement. Peur d’avoir du verre dans l’œil, vérification de la porte en comptant jusqu’à huit, vérification du robinet et des fenêtres, crises d’angoisse après minuit ; j’ai tout fait ou presque… Au fil de ses crises, donc, Hannah Horvath est de plus en plus isolée et son entourage peine à la prendre au sérieux. Il ne lui est d’ailleurs d’aucune aide, agissant de manière égoïste et humiliante.
Après avoir cassé un verre, Hannah dit à son ami « Tu te souviens, quand tu cassais un verre enfant et que ton père faisait en sorte de t’éloigner afin que tu ne te blesses pas avec les morceaux ? J’ai l’impression que plus personne n’est là pour le faire pour moi. »
•
La meilleure amie de Léa et sa nièce nous invitent à une après-midi bubble tea et peinture de figurines en plâtre. Je choisis un petit cochon chinois et Léa, Hello Kitty en robe de mariée, à moins que ce ne soit une tenue traditionnelle coréenne.
J’en faisais déjà petite mais peindre sans dépasser est plus difficile que dans mes souvenirs. L’atelier se déroule dans un coin du 13ème que j’avais oublié, non loin de mon ancienne dentiste. Cette coïncidence me fait penser à la notion de géographie intime, de la carte que l’on forme avec nos déplacements habituels, dans nos quartiers et nos lieux de travail ou de divertissement. Notre café favori, notre librairie préférée, et tout ce qui s’ensuit.
En parlant d’activités manuelles, j’ai suivi mon idée et réalisé mon premier crocodile en perles depuis le collège. Il est rose pastel et blanc nacré. J’aimerais en faire plein d’autres : des rouges au corps souple de bonbon, des vert menthe au ventre de pêche et des jaunes acidulés… Il suffit d’avoir des perles de rocaille et du fil de nylon. Les couleurs et la colonne vertébrale.
Il existe une variété impressionnante d’animaux à réaliser mais je veux m’engouffrer dans ma fixette et réaliser une série avant de passer à autre chose. Le geste est reposant et l’apparition du crocodile est satisfaisante. C’est une petite créature brillante qui tient dans ma main. Je peux le faire devant la nouvelle saison de Drag Race France tandis que Léa continue son tricot. Concentrées ensemble.
•
Gentiment, la famille, les nouvelles amies nous invitent à déjeuner. Je n’aime rien de plus au monde que de passer un bon moment et de voir le visage de Léa se détendre jusqu’à atteindre une forme de paix tranquille, détaché de toute obligation.
De mon côté, je continue le tri de mes pensées infernales et vise de plus en plus juste, de plus en plus vite. Vivre avec les autres est un long apprentissage, vivre dans sa peau aussi.
•
Demain, mon journal aura tout juste un an.
Laisser un commentaire